Les rencontres satellites au Spoutnik

Un cinéma en recherche ?

Il s’agit moins de poser la question « qu’est-ce que la recherche au cinéma ? » que de s’interroger sur les signes qui nous font percevoir, sentir, avoir l’intuition qu’une recherche est en cours dans un film, et de voir quelle place elle laisse au tâtonnement, à l’essai, à l’inquiétude.

Entraîné·e·s par ces questions, nous avons pris le temps d’en trouver l’empreinte chez des cinéastes du présent. Pendant deux ans, au fur et à mesure des propositions de chaque membre de notre collectif, s’est dessiné un réseau de films que nous désirons aujourd’hui montrer, à l’occasion d’un week-end de projections et de rencontres.

D’abord, il y a eu l’impression récurrente que chaque film cherche sa forme à l’intérieur même de son déroulement, nous partage une pensée, une écriture, des questions qui se déclinent à mesure qu’il défile sous nos yeux. Puis, le sentiment que chaque film ne conclut pas la pensée des réalisateur.rice.s, que la recherche est dynamique, susceptible d’évoluer dans des formes à venir. Enfin, et là se trouvent les raisons de penser que ces films sont résistants, chacun.e de ces cinéastes sont animé·e.s par une quête – souvent inquiète – soumise au monde avec des moyens modestes : téléphone portable, caméra DV, Bolex… De ces formes pauvres découle un entêtement créateur qui naît hors de toute attente, échappant aux lois prévisionnelles des subventions, des écoles et aux injonctions de l’industrie, en faisant de la recherche un principe souverain.

Le désir de cette programmation tient également à la forme que nous lui donnons. Chaque film sera éclairé non seulement par la présence des cinéastes ou d’interlocuteur·ices invité·e·s mais également par l’effort de confronter leurs films à une matière spécifique – textes, extraits de films, rushs inédits. Ainsi, chaque projection sera suivie d’une rencontre avec la·le cinéaste et le public, et parfois poussera plus loin l’expérience: des repas, une balade, une table-ronde, une fête. Ces trois jours sont une tentative, celle de remettre les films dans le monde. Nous vous invitons à investir le cinéma Spoutnik durant une séance, un ou trois jours et participer à une pensée qui ne se conclut jamais, et dont ces films sont les défricheurs.

Le collectif des cinéastes
Maya Corboud, Sergio da Costa, Gabriel Gonzalez, Antonin Ivanidze, Maya Kosa, Nathan Lachavanne, Lucia Martinez, Alice Riva, Valeria Stucki, Antonio Trullen, Camille Vanoye.




Je voulais prendre des nouvelles d’Athènes

Les Rencontres Satellites au Spoutnik


Que faire face à la situation économique et politique désastreuse de la Grèce? Quelles possibilités s’offrent à nous pour comprendre, résister et changer ce monde de terreur dans lequel nous sommes? Depuis 10 ans, Daphné Hérétakis confronte ces questions à sa pratique du cinéma. Les gestes et les moyens qu’elle mobilise sont simples et concrets : parcourir avec tendresse les rues d’Athènes, caméra à l’épaule et approcher les autres: Que changeriez-vous dans votre vie ? Qu’est ce que vous attendez avec joie ? Vous êtes amoureux ?

Repartir des origines

Les Rencontres Satellites au Spoutnik
Table ronde avec David Fernandez, Alexandre Koberidze et le collectif des Rencontres Satellites


A l’appui de fragments de certains films muets, de lectures rhapsodiques et même d’une performance de bonimenteur sur les images de La sortie de l’usine des frères Lumière, nous repenserons à l’Histoire du cinéma de la main généreuse de ces deux cinéastes et nous réfléchirons ensemble à la possibilité de continuer à inventer de nouvelles formes par l’expérimentation et par le jeu.

MobyDick

Les Rencontres Satellites au Spoutnik
LA CARTE AU TRÉSOR


Trois voleurs de ferraille installés dans une usine abandonnée. Un territoire de fabriques désertées. Des campements de gitans. Un flic. Des jambes cassées. La désintégration de la bande et le crépuscule de leur monde. Valdivia. MobyDick ou le Gros Pachuli ou José Mari. La mémoire anecdotique et photographique de tout ça pour construire une aventure, une comédie, un western, un documentaire.

Let the summer never come again

Les Rencontres Satellites au Spoutnik
PRIVITIVISME NUMÉRIQUE


Un jeune homme quitte son village pour passer une audition de danse dans la ville de Tbilissi. Il prend part à des activités illégales et il tombe amoureux. Il commence à danser dans la compagnie, l’homme qu’il aime part à la guerre et lui, il retourne dans son village.

Soirée : La disco resplandece

Les rencontres satellites au Spoutnik
SOIRÉE !


Espagne, post crise économique. Dans un village quasi inhabité, un groupe d’amis fait revivre une discothèque abandonnée, téléphones et écouteurs à la main. Ils chantent au milieu des ruines comme pour prouver que la jeunesse peut, à tout moment, faire étinceler à nouveau ce qui paraissait oublié à jamais.

Capital retour

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COMMENT FAIRE UN FILM SANS ORGANES?


C’est par cet auto-récit, clamé comme la mise en garde d’une sphinge, que démarre le film. Mais Capital retour, portrait d’une jeune transgenre, puise sa force par-delà toute notion identitaire ou sage approche académique. Ici, il n’y a ni objet ni sujet d’étude, mais plutôt le portrait d’un corps, un corps et ses rencontres avec d’autres corps. Nous suivons Cornélia dans Strasbourg et ses environs, dans sa chambre, dans la forêt, dans ses contacts fulgurants avec le réel.

Uranes

Les Rencontres Satellites au Spoutnik
UNE SCIENCE-FICTION BRICOLÉE


Des corps célestes, à la forme ovoïdale, tombent du ciel dans les plaines d’une Espagne rurale et désertée. Dans un village aux maisons abandonnées et encerclées par la chute d’Uranes, José Luis, une trentaine d’années, vit paisiblement avec son grand-père, récemment sorti de prison. La voix qui nous guide à travers les méandres de cette famille est la même qui nous dévoile, pas à pas, l’intrigue liée à une enquête menée par des scientifiques pour découvrir l’origine des manifestations extraterrestres qui se multiplient dans la région.

Enjoy (back to Ibiza)

Les Rencontres Satellites au Spoutnik
CES REVENANTS


Enjoy (back to Ibiza), réalisé en 2001, est, selon Dustan, un road movie existentiel et plus ou moins solitaire en bus en Espagne ; je rencontre un étudiant aux Beaux-Arts habillé comme moi qui me montre son travail, un déguisement de limace grandeur humaine qu’il fait mettre à des amis pour les photographier ; également ma visite du marché central de Valencia en compagnie de Patrick Cardon, figure culte gay et éditeur, je le connais bla-bla-bla-bla, et un voyage raté à Ibiza. Le tourné-monté sur cassette DV, associé aux commentaires enregistrés en direct, à l’exhibition décomplexée des ratages et des deuxièmes tentatives sont autant d’occasions d’observer un film en train de se faire.

Profaner les dispositifs

Les Rencontres Satellites au Spoutnik


Jeune monteur et réalisateur, récemment diplômé de la Fémis, Léo Richard ouvre nos rencontres avec ses trois premiers films très prometteurs. Dans Le passant intégral, un figurant masqué est interviewé: il déplore la destruction de son métier par le développement inéluctable des foules de synthèse. Le voleur de Lisbonne montre l’appartement d’un jeune homme investi par une brigade de police lisboète, tissant, sur de banales archives intimes, la trame d’un polar existentiel. Enfin, dans Les idées s’améliorent, les employés d’une start-up “du clic” tentent d’identifier les émotions exprimées par des visages, mais l’un d’entre eux fait buger la machine par son incompétence.