Repartir des origines


dim. 10 nov. 2019   18H30
Cycle

Les Rencontres Satellites au Spoutnik
Table ronde avec David Fernandez, Alexandre Koberidze et le collectif des Rencontres Satellites

dim. 10 nov. 2019, en présence de David Fernandez, Alexandre Koberidze et le collectif des rencontres satellites


Je crois qu’après les Histoire(s) du cinéma de Godard [en 1991], qui sont le grand requiem du cinéma, il est très difficile de continuer à faire des films. J’ai l’impression que les films qui font comme si ce requiem n’avait pas été fait se trompent. Faire des films comme si on était Elia Kazan ou Ingmar Bergman, c’est un peu à côté, c’est trop tard. La seule façon de continuer est de revenir aux premiers temps, à un certain primitivisme, et de faire des bêtises. Retrouver un désir enfantin, recommencer à s’amuser, à filmer des chevaux au galop, des machines, des paysages, des femmes qui regardent la caméra, des armes à feu et des coups de pied au cul, tout ce que le cinéma à découvert.
– Mariano Llinás

On ne se sait pas si David Fernandez se posait la question de comment continuer à faire des films après les Histoire(s) du cinéma lorsqu’il a co-réalisé MobyDick en 2001, ce qui est clair chez lui c’est que faire des films lui a permis de ne pas rompre le lien avec les jeux de l’enfance. Alexandre Koberidze, réalisateur de Let the summer never come again, lui, puise son inspiration principalement dans les films muets et dans l’enfance du cinéma. Il y a découvert un débordement infini d’inventions, ensevelies par l’avènement du parlant et le monopole des dialogues.
A l’appui de fragments de certains films muets, de lectures rhapsodiques et même d’une performance de bonimenteur sur les images de La sortie de l’usine des frères Lumière, nous repenserons à l’Histoire du cinéma de la main généreuse de ces deux cinéastes et nous réfléchirons ensemble à la possibilité de continuer à inventer de nouvelles formes par l’expérimentation et par le jeu.

LES RENCONTRES SATELLITES

Un cinéma en recherche ?

Il s’agit moins de poser la question « qu’est-ce que la recherche au cinéma ? » que de s’interroger sur les signes qui nous font percevoir, sentir, avoir l’intuition qu’une recherche est en cours dans un film, et de voir quelle place elle laisse au tâtonnement, à l’essai, à l’inquiétude.

Entraîné·e·s par ces questions, nous avons pris le temps d’en trouver l’empreinte chez des cinéastes du présent. Pendant deux ans, au fur et à mesure des propositions de chaque membre de notre collectif, s’est dessiné un réseau de films que nous désirons aujourd’hui montrer, à l’occasion d’un week-end de projections et de rencontres.

D’abord, il y a eu l’impression récurrente que chaque film cherche sa forme à l’intérieur même de son déroulement, nous partage une pensée, une écriture, des questions qui se déclinent à mesure qu’il défile sous nos yeux. Puis, le sentiment que chaque film ne conclut pas la pensée des réalisateur·rice·s, que la recherche est dynamique, susceptible d’évoluer dans des formes à venir. Enfin, et là se trouvent les raisons de penser que ces films sont résistants, chacun·e de ces cinéastes sont animé·e·s par une quête – souvent inquiète – soumise au monde avec des moyens modestes : téléphone portable, caméra DV, Bolex… De ces formes pauvres découle un entêtement créateur qui naît hors de toute attente, échappant aux lois prévisionnelles des subventions, des écoles et aux injonctions de l’industrie, en faisant de la recherche un principe souverain.

Le désir de cette programmation tient également à la forme que nous lui donnons. Chaque film sera éclairé non seulement par la présence des cinéastes ou d’interlocuteur·ices invité·e·s mais également par l’effort de confronter leurs films à une matière spécifique – textes, extraits de films, rushs inédits. Ainsi, chaque projection sera suivie d’une rencontre avec la·le cinéaste et le public, et parfois poussera plus loin l’expérience: des repas, une balade, une table-ronde, une fête. Ces trois jours sont une tentative, celle de remettre les films dans le monde. Nous vous invitons à investir le cinéma Spoutnik durant une séance, un ou trois jours et participer à une pensée qui ne se conclut jamais, et dont ces films sont les défricheurs.

– Le collectif des cinéastes (Maya Corboud, Sergio da Costa, Gabriel Gonzalez, Antonin Ivanidze, Maya Kosa, Nathan Lachavanne, Lucia Martinez, Alice Riva, Valeria Stucki, Antonio Trullen, Camille Vanoye).

Tarifs

1 séance : 5 chf (tarif unique)
Carte week-end : 20 chf
Gratuit pour les détenteur·rice·s de l’abonnement Spoutnik
-> Petite restauration sur place

Avec le soutien de la Loterie Romande, du Département de la culture et du sport de la Ville de Genève et du Centre d’Art Contemporain Genève.