Une jeunesse allemande


Jean-Gabriel Périot: le pouvoir politique des images et du cinéma

mar. 12 mars 2019, en présence de Jean-Gabriel Périot et Olivier Zuchuat, responsable du département cinéma de la HEAD – Genève


Une jeunesse allemande raconte l’histoire de la Fraction Armée Rouge (RAF) à travers des images de l’Allemagne des années 70. Un montage entièrement constitué d’archives visuelles et sonores décrit la transformation progressive et la politisation croissante de la RAF. Ses membres, comprenant notamment Ulrike Meinhof et Andreas Baader, expriment d’abord leur militantisme dans des actions artistiques, médiatiques et cinématographiques puis s’engagent dans une résistance armée.

“Il y a quelques années, j’ai pris conscience que je n’interrogeais que les actes de violence résultant de systèmes de pensées auxquels je suis opposé. Il est évidemment plus facile de juger les actes de ses adversaires que ceux de son propre camp… J’ai alors eu besoin de me confronter à ma facilité à excuser, ou à trouver des raisons, à des actes perpétrés au nom de convictions proches des miennes ou d’idéologies que je peux comprendre : une violence conséquente à un désir de révolution. De plus, je me suis rendu compte que je ne m’étais jusque-là intéressé qu’aux effets de la destruction, que j’étais toujours resté du côté des victimes. Il m’a alors été nécessaire de me questionner sur les perpétrateurs des actes de violence et d’interroger les origines, les motivations, les ressorts les ayant conduits à l’irréparable. Se pencher sur les coupables soulève des questions insolubles et insupportables. Pourtant, accepter ceux-ci comme des êtres humains à part entière ne réécrit pas l’Histoire et ne les exonère d’aucun crime, mais ouvre une réflexion plus profonde sur notre humanité et sa part la plus sombre. J’ai commencé une recherche de longue haleine sur la violence révolutionnaire.”
– Jean-Gabriel Périot

Jean-Gabriel Périot: le pouvoir politique des images et du cinéma

Jean-Gabriel Périot est l’auteur d’une oeuvre cinématographique au discours résolument politique. Il travaille la question de la mémoire et de la violence et ses rouages à travers des films souvent constitués d’images préexistantes, de photos et films de sources diverses qu’il manipule au montage. Il confronte les spectateurs·rices à la violence de certains épisodes de l’histoire du XXe et XXIème siècle. Il montre des camps de concentration, la jungle de Calais, Hiroshima et les explosions nucléaires, les tondues de la Libération, l’univers carcéral – pour, dit-il: “regarder l’humanité dans ce qu’elle a de plus faillible et de faire de cette souffrance un refus, mais aussi d’en tirer la force d’espérer et d’aimer une humanité si fragile”.

Né en 1974, Jean-Gabriel Périot a commencé sa carrière comme monteur pour des chaînes de télévision françaises avant de réaliser ses films à partir des années 2000. Il a réalisé deux longs métrages: “Une jeunesse allemande” (2015), au sujet de la Fraction armée rouge, et “Lumières d’été” (2016), autour des survivant·e·s japonais·e·s de la bombe atomique. Au coeur de ce cycle rétrospectif dédié au cinéaste, deux programmes de courts métrages détonants révèlent une partie de son oeuvre constituée d’une trentaine de films courts et vidéos.

En collaboration avec le département cinéma de la HEAD – Genève et le FIFDH

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