Histoire de la révolution de Maxime Martinot – Invasion de Hugo Santiago


jeu. 20 févr. 2020   20:00

Réalisation
Maxime Martinot
Hugo Santiago
Pays
Argentine
France
Année
1969
2019
Format
DCP
Durée
2h30
Cycle

Cycle - bataille infinie

jeu. 20 févr. 2020, en présence de Maxime Martinot


HISTOIRE DE LA REVOLUTION
Maxime Martinot, France, 2019, 30’, vo français

Histoire de la révolution. Titre ironique pour un film essai qui explore la polysémie et la réversibilité du mot révolution : les images qui en découlent, les paroles qui dialectisent ou annulent son potentiel, dans un mouvement a-historique se déplaçant sur la carte des luttes, leurs deuils, leurs gloires, leurs traces, imbriquées dans le temps présent.

INVASION
Hugo Santiago, Argentine, 1969, 2h01, vo espagnol, sous-titré français

Aquilea, ville imaginaire ou réelle, ville portuaire, ville infiltrée par des envahisseurs dont il est difficile de percevoir leurs contours. Des résistants se réunissent dans les cafés, échangent des regards furtifs et des silences, organisent des filatures. Borges raconte qu’ils lutteront jusque à la fin sans savoir que leur bataille est infinie.

Imaginé par Adolfo Bioy Caseres et Jorge Luis Borges puis tourné en 1969 par Hugo Santiago alors qu’il revient d’un assistanat sur des tournages de Robert Bresson, ce film d’action politique disparaît du paysage cinématographique, jugé trop corrosif par la dictature militaire argentine. Retrouvé par débris, puis échangé sous le manteau, il réapparaît au cinémadans les années 2000 et bénéficie très récemment d’une nouvelle restauration.

C’est beau,
sec
et lyrique
et suggéré par le réalisateur Maxime Martinot pour un écho à son film Histoire de la révolution.

Cycle – Bataille infinie

… et puis, ils seront tous massacrés d’ailleurs, c’est le sort des esclaves de l’Antiquité, tous massacrés, et ensuite Spartacus tiens, en 70 avant JC, une grande révolte, des milliers, des pâtres siciliens, des pâtres de campani tous ensemble, ensemble ils marchent sur Rome, et c’est Pompée, et ses légions, Pompée, qui a été aidé par Crassus et César qui les écrase définitivement, et Spartacus est tué, le gladiateur est tué, c’en est fini des révoltes serviles qui reprendront …
Marius Loris

Notre planète, dont on peut percevoir son mouvement circulaire depuis l’espace.
Des chants, répétés, battus au rythme de l’effort du travail dans les plantations de cotons.
Voilà deux motifs parmi d’autres d’Histoire de la révolution, film fiévreux de Maxime Martinot qui récolte, associe, détourne les images possibles, les sons possibles et les compréhensions possibles du mot révolution. Tantôt loin du peuple et près des caméras de surveillances et des satellites tantôt au niveau du bitume, des voitures brûlées et des gilets jaunes, ce film essai tente de traduire le vas-et-vient infini des luttes qui traversent notre histoire. Ce sentiment d’infini est cher au réalisateur. Il est aussi l’objet des Trois contes de Borges, prévu au Spoutnik durant ce cycle. Le film rassemble trois récits fantastiques de Borges mises en son et en images. On y voit s’y monnayer les objets de l’éternité, qui à portée de mains, bouleversent notre rapport au temps, à l’image et au langage. Le titre de ce cycle bataille infinie vient d’ailleurs d’un texte de Borges, qui a également servi à l’émergence d’un autre film, Invasion réalisé par Hugo Santiago en 1969 qui fera écho un soir aux images d’Histoire de la révolution.

Ce cycle est aussi l’occasion de s’interroger sur le rôle du cinéma par rapport aux luttes et aux conflits de notre époque. Ainsi cette séance déjà proposée à La clef (cinéma parisien actuellement occupé) et rendue possible par Léo Richard et le collectif militant Conséquences, dont les films proposés « prennent acte », tentent de réfléchir à ces nouveaux usages, et à l’actualité du plagiat, du détournement et du vol comme pratique politique nécessaire dans le domaine de l’image.

Et pour clore la boucle, une autre approche de l’infini encore, celle de Tremblements, un collectif anonyme accumulant depuis les secousses de Nuit debout jusqu’aux soulèvements jaunes, des morceaux de pellicules insurrectionnelles d’un film qui ne se donne pas de fin.

… et cette ouvrière qui n’est pas content, avec un bureaucrate stalinien,ils ne veulent pas travailler face aux patrons, et pourtant ils retournent dans leur tur, ils vont travailler, et ça continuera, et ça continuera toujours, dans les années 70, et puis en 95 avec les grèves de cheminots, et après le CPE en 2006, on perd à chaque fois, on gagne à chaque fois mais on perd, et puis ensuite, on est en 2018, c’est les gilets jaunes, c’est pas fini les gilets jaunes, on sait pas ce qui se passe, c’est la guerre, c’est la guerre sociale en France, on va voir…
Marius Loris