Appel à candidatures : rejoignez le comité du Spoutnik
Le Spoutnik lance un appel à candidatures pour renouveler son comité et réunir de nouvelles énergies autour du cinéma indépendant, des rencontres et de la vie associative.
ON RÉ-OUVRE !!!!!
Cet été, le Spoutnik s’est refait une petite beauté. Quelques ouvertures dans les murs pour une circulation inédite et de nouvelles possibilités derrière l’écran. Des usages repensés, de l’ergonomie, plus de confort pour l’ensemble de l’équipe du Spoutnik : à la projection, au bar, à la billetterie. Il y a des salles qu’on ferme pour les réparer, et d’autres qu’on ouvre pour continuer à se réparer avec elles.
Cet été nous avons donc fait quelque chose de très concret, presque banal : remettre en état un lieu. En faisant attention à son héritage, à tout ce que les passages et les transformations accumulées depuis 40 ans nous ont légué. Le Spoutnik est riche des désirs et projections qui l’ont vu naître et lui ont permis de se développer : des images vues ensemble, des corps, des émotions, des silences, des films qui nous ont changéex, toutes ces choses invisibles qui ont marqué les êtres passéex par là, autant que celleux qui ont co-construit ensemble ce lieu unique à Genève.
Alors cette rentrée, on avait envie de revenir à cet endroit-là : à ce que les images gardent, à ce qu’elles perdent, à ce qu’elles transmettent malgré tout. Nous interrogeons les films sur notre capacité à créer, sur ce que nous héritons du passé pour recomposer avec ce qui nous a été transmis, à écrire avec les fantômes. Penser la valeur ajoutée en dehors du circuit capitaliste et commercial : comme augmentation de notre mémoire collective.
Une image n’est jamais innocente. Elle dit qui a le droit d’être regardéex, qui a les moyens de se représenter, qui reste hors-champ. Mais elle peut aussi devenir refuge, preuve, contre-récit, geste d’amour. Elle peut dire : nous sommes là. Nous vivons comme ça. Nous nous sommes désiréex, nous nous sommes battuex, nous avons pris soin les unx des autres. Souvenez-vous de nous.
Laisser une trace, se survivre à soi-même, devenir écho, composer à partir des ruines : ces gestes traversent profondément le programme de cette rentrée. Des cinéastes s’emparent des images et de cultures qu’iels ont hérité pour les arracher à l’oubli, reprendre des créations passées pour leur faire dire quelque chose de plus, les faire parler au présent. Les photographies de Donna Gottschalk, les vidéos inachevées de Lloyd Wong, les archives de guerre et des inconscients queers révélés à même la pellicule par T.T. Takemoto, l’emparement et l’empouvoirement d’une culture et des visions d’une communauté afro-américaine gay par Marlon Riggs.
Mais regarder en arrière n’a d’intérêt que si cela nous aide à regarder le présent autrement. Dans Why Do I See You in Everything?, Rand Abou Fakher traverse l’exil, la révolution syrienne, l’amitié et la Palestine depuis la vie de deux hommes séparés par l’histoire mais reliés par une mémoire commune. La grande Histoire cesse d’être abstraite : elle passe par des corps, des liens, la possibilité ou l’impossibilité de rentrer chez soi, et par cette chose que les récits politiques oublient parfois, la tendresse comme force de résistance.
Cette question des récits, des frontières et de leur fabrication traverse aussi les séances pensées par nos GUEST : GENÈVE PALESTINE et MARAD, du Tribunal du Congo à Route 181 de Michel Khleifi et Eyal Sivan. Là encore, il ne s’agit pas de figer l’histoire mais de continuer à la regarder, à la discuter, à la déplacer.
Le cinéma n’est évidemment pas innocent dans tout cela. Il fabrique lui aussi des cadres. Il choisit ce qui entre et ce qui reste dehors. Peut-être que programmer consiste parfois simplement à chercher des fissures dans ces cadres : mettre une image à côté d’une autre, laisser des films éloignés dans le temps, les formes ou les géographies se contaminer doucement. Il faut pouvoir s’y perdre. Se disputer avec un film. Tomber amoureuxe d’un plan. Changer d’avis après coup. Entendre quelqu’umex rire d’une scène qui ne nous fait pas rire. Comprendre que regarder ensemble n’est pas la même chose que regarder seulex.
C’est peut-être la chose la plus simple et la plus précieuse qu’une salle puisse encore offrir : fabriquer du commun sans exiger que nous soyons identiques.
Cette rentrée déborde donc largement les films. ZÉBRA LAB vient défendre la pellicule, FORDE déplace les arts visuels vers la salle de cinéma, le FESSES-TIVAL et ANIMATOU l’habitent autrement, BLACK MOVIE revient pour les KIDDOS, le TU pour un B2B Lectures, et notre rendez-vous LSF continue de nous rappeler qu’un lieu qui se dit commun doit aussi se demander très concrètement pour qui il est accessible.
Nous ne savons pas exactement ce qu’un cinéma doit être aujourd’hui. Peut-être que nous nous méfions même de celles et ceux qui affirment le savoir. On sait seulement qu’on veut continuer à essayer.
Faire une place aux films qui empruntent des sentiers de désirs comme aux gestes immenses. Aux histoires que l’on connaît et à celles dont on découvre qu’on avait appris à ne pas les voir. Faire circuler les mémoires sans les enfermer. Accueillir des luttes sans les transformer en objets. Continuer à croire que certaines images peuvent encore déplacer notre manière d’habiter le monde.
Et surtout garder la salle vivante. On aimerait que cette rentrée soit cela : non pas un retour à la normale, mais un retour les unx vers les autres.
Le 29 octobre, on vous propose de se retrouver pour fêter tout ça. Il y aura un film, un karaoké, quelques imprévus sans doute. Rendez-vous pour continuer à se délecter de films, performances, lectures et tout ce dont on pourrait rêver !
BIENVENUE AU SPOUTNIK !
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