Film / Cycle
FOCUS RANDA MAROUFI – séance de court-métrages
Randa Maroufi
Parfois, au Spoutnik, le travail d’une personne nous touche, nous interroge, nous transporte ou nous émeut au point que nous avons envie de le partager avec vous et de vous inviter à entrer dans son univers. En novembre, nous consacrons notre focus à Randa Maroufi.
Randa Maroufi, on l’adore parce qu’elle maîtrise le format court comme peu d’artistes et de cinéastes, mais aussi parce que son travail est brillant, généreux et profondément politique. Elle s’intéresse à la manière dont les corps sont mis en scène dans les espaces publics ou intimes et questionne la fabrication des représentations : qui produit les images, qui regarde, qui a le droit d’apparaître ?
Ses films sont peuplés de corps qui posent, attendent, résistent ou reprennent possession d’espaces dont ils sont habituellement exclu·ex·s. Tout y est affaire de gestes, de regards, de cadres et de positions. Par des mouvements de caméra précis, des compositions proches du tableau vivant et un travail remarquable sur la durée, elle suspend le temps et déplace notre regard.
Née à Casablanca en 1987, Randa Maroufi est diplômée de l’Institut national des beaux-arts de Tétouan, de l’École supérieure des beaux-arts d’Angers et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Elle a également été pensionnaire de la Casa de Velázquez en 2017 et de la Villa Médicis en 2025. Son travail navigue entre cinéma, photographie, installation et performance, toujours avec cette même attention portée aux corps, aux espaces qu’ils occupent et aux limites de leur représentation.
Cette séance réunit cinq films réalisés entre 2014 et 2025. Présentés chronologiquement, ils permettent de suivre le parcours de Randa Maroufi, du portrait de Safae aux espaces publics, frontaliers et souterrains. D’un film à l’autre, la cinéaste travaille avec les personnes concernées pour mettre en scène des réalités souvent tenues hors du regard.
La Grande Safae
2014 · 15’56’’
Inspiré d’une personne connue sous le nom de La Grande Safae, qui a travaillé comme employé·ex de maison dans la famille de Randa Maroufi et disparu dans les années 1980, le film mêle témoignages et fiction. Plusieurs interprètes incarnent Safae, composant un portrait fragmentaire qui interroge la mémoire familiale, la mise en scène et la perception des identités.
Le Park
2015 · 14’
Une lente déambulation dans un parc d’attractions abandonné au cœur de Casablanca. Des jeunes qui fréquentent le lieu rejouent des scènes inspirées d’images trouvées sur les réseaux sociaux. Entre menace suspendue, pose et illusion, leurs gestes figés troublent notre perception de ce qui est en train de se produire.
Barbès
2019 · 6’
Dans le quartier parisien de Barbès, des femmes occupent le temps d’une mise en scène des lieux où se tiennent habituellement des hommes. Installées aux terrasses, elles jouent aux cartes ou regardent un match de football. En reprenant ces gestes ordinaires, elles rendent visible la place qui leur est refusée dans l’espace public.
Bab Sebta
2019 · 19’
Bab Sebta reconstitue des situations observées à la frontière de Ceuta, enclave espagnole située sur le territoire marocain. Chaque jour, des milliers de personnes y transportent des marchandises destinées à être revendues au Maroc. Une chorégraphie précise dévoile les gestes, les stratégies et les rapports de pouvoir qui organisent cet espace frontalier.
L’mina
2025 · 26’
À Jerada, ville minière du nord-est du Maroc, l’exploitation du charbon se poursuit de manière informelle malgré la fermeture officielle des mines en 2001. Dans un décor conçu avec les habitant·ex·s, cel·leux qui travaillent dans les puits rejouent leur propre rôle et donnent forme à une réalité souterraine habituellement maintenue dans l’invisibilité.
Prochaine séance
Ouverture des portes 30 minutes avant la séance
