Plein air - été 2022

L’été dernier, à la Touvière, on pouvait voir sur un écran, Fabio, 7 ans, crapule des bas-fonds de Rome, ridiculiser les instituteurs, les assistants sociaux, les psychiatres.
En juin, au Spoutnik, des gamin.e.s se sont réunis autour d’un vieil enfant pour le concert “Notre seule patrie, l’enfance”. Tentative là, de composer, de manière spontanée et collective, quelque chose avec des enfants.

À l’occasion du plein air de cet été, on souhaite continuer à se tenir près de l’enfance.

Ainsi, on projettera la série Le journal d’un maître d’école (1973) de Vittorio de Seta dans le jardin de la Maison Baron le mercredi 17 août.
Dans ces années-là, dans les quartiers pauvres de Rome, beaucoup d’enfants sont déscolarisés. S’ils désertent l’école, c’est car ils sont déjà au travail pour venir en aide à leurs parents. En face, l’institution scolaire fait peu ou rien pour les mobiliser autour de savoirs qui les stimuleraient. Néanmoins, les idées de pédagogie révolutionnaires essaiment. Des tentatives se dessinent et les expériences avec les élèves se documentent dans des publications. Le projet de De Seta s’inscrit dans ce mouvement: «L’idée fondamentale a été de ne pas faire de film ; en réalité nous avons fait une école et nous l’avons filmée.» C’est la télévision italienne qui laisse au réalisateur le temps et l’argent de tourner quatre mois pour finalement aboutir à une série de quatre épisodes. Les premières images du film laissent croire à une fiction classique. L’école y est mise en scène avec son lot de stéréotypes: enseignants rigides ou cyniques et programmes scolaires archaïques. Au milieu de cette école, une classe à moitié vide et un prof tout neuf. De là, les repères fictionnels tout autant que les murs de la salle explosent. Les enfants, non pas acteurs mais habitants des banlieues romaines, entraînent le professeur vers le dehors, sur leur terrain d’expression. À la faveur du rapatriement d’un lézard à l’école, commencent à se bricoler de nouveaux modes d’apprentissage. La classe se repeuple. L’estrade du professeur se voit être transformée en étagère. Les allers-retours entre le dedans et le dehors se poursuivent. Les enfants deviennent sociologues, ramènent témoignages et histoires. Des dessins, études du quartier tapissent les murs de la classe. Une petite communauté se forme et c’est ce qu’elle traverse – les imprévus, les fulgurances, toutes les formes de spontanéité – qui nourrit le film. Le cinéma s’adapte à la vie et non l’inverse.
Cette séance du Journal d’un maître d’école sera présentée par Federico Rossin. Federico a grandement contribué à faire connaître la série de Vittorio De Seta, en lui consacrant un ouvrage et l’accompagnant lors de très nombreuses projections. Par ailleurs, Federico habite nos recherches depuis longtemps. Ainsi, nous lui avons donné carte blanche pour une seconde projection à la Maison Baron, le lendemain, le jeudi 18 août.

Puis, nous nous retrouverons à la ferme de la Touvière le mercredi 24 août. D’abord pour un banquet de cuisine italienne. Là encore, il sera question d’apprentissage puisque comme l’année passée, antipasti, pasta fresca, pesce seront préparés collectivement sous la forme d’un atelier. Il se trouve que l’un de cuisiniers, David Grasselli, est aussi musicien. Avec sa guitare, il chante et plonge au cœur de Naples, en restant fidèle aux sources, pour donner ce que la tradition populaire a de plus généreux.

À propos du film, encore et toujours une histoire de cuisine et de partage:
«Le film sera simple comme du bon pain; il y va de la farine, du levain, de la cuisson qui n’est pas rien, du pétrin. Il y a là, sous couvert d’un mot simple, toute une pratique; il en est de même lorsqu’il s’agit de faire un film.
Sera-t-il au goût du jour? Il s’avère que le pain d’ici est du goût de tout le monde ou quasiment et justement parce que, fait maintenant, il est le même que le pain d’antan.
Et il est vrai que je ne vois aucune différence de nature entre du pain de campagne et du cinéma populaire bien levé, cuit à point.»

C’est Fernand Deligny qui nous raconte cela. Éducateur social, il s’est installé dans les Cévennes à la fin des années 60 pour construire le réseau. Un ensemble de personnes, éducateurs et enfants autistes qui partagent un projet commun: «Nous autres, en réseau et non en groupe ou en communauté, petite constellation dans ce désert puisque nous y sommes à déserter. Que ce réseau soit en “y”, comme les rivières, les branches, les chemins, et le fait d’y être et non en rond de l’assemblée parolante, ni en carré des armées d’un roi ou d’un autre ne l’empêche de pas de persister.» En rupture avec les institutions psychiatriques, loin des villes, des petits groupes défrichent des chemins et construisent des abris, campements et autres lieux autonomes. Les enfants autistes qui sont dans le réseau sont mutiques. Alors, le parti pris de Deligny et des autres éducateur.ices est de refuser l’échange par la parole. L’attention se dédie au faire, à l’agir: l’élevage de volailles, de chèvres, de moutons, fabrication du pain, cultures de la vigne, cultures potagères. Au cours de ces activités et ces gestes, des repères se dessinent pour les autistes.

Ces choses-là, c’est ce que raconte le film Projet N coréalisé par Fernand Deligny et Alain Cazuc en 1979. On est heureux de le projeter dans cette ferme.




DIARIO DI UN MAESTRO de Vittorio De Seta

Plein air de l'été ♯ 1 - Maison Baron - 17 août


Les enfants, non pas acteurs mais habitants des banlieues romaines, entraînent le professeur vers le dehors, sur leur terrain d’expression. À la faveur du rapatriement d’un lézard à l’école, commencent à se bricoler de nouveaux modes d’apprentissage. La classe se repeuple. L’estrade du professeur se voit être transformée en étagère. Les allers-retours entre le dedans et le dehors se poursuivent. Les enfants deviennent sociologues, ramènent témoignages et histoires. Des dessins, études du quartier tapissent les murs de la classe. Une petite communauté se forme et c’est ce qu’elle traverse – les imprévus, les fulgurances, toutes les formes de spontanéité – qui nourrit le film. Le cinéma s’adapte à la vie et non l’inverse.

SÉANCE SURPRISE IMAGINÉE PAR FEDERICO ROSSIN

Plein air de l'été ♯2 - Maison Baron


Federico Rossin est historien et programmateur indépendant. Les recherches qu’ils mènent, à la croisée du cinéma expérimental et du cinéma militant nous habitent et nous inspire depuis longtemps. C’est la première fois que nous aurons l’occasion de le rencontrer. Et. Grande joie de lui donner carte blanche ce jeudi 8 en plein air.

GRANDE BOUFFE ITALIENNE + CHANSONS NAPOLITAINES par David Grasselli + PROJET N d’Alain Cazuc et Fernand Deligny

Plein air été 2022 - Ferme de la Touvière - 24 août


Le mercredi 24 août, grande joie de retrouver la Touvière. D’abord pour une grande table de cuisine italienne (SERVICE à 19h30, venez à l’heure). Là encore, il sera question d’apprentissage puisque comme l’année passée, antipasti, pasta fresca, pesce seront préparés collectivement sous la forme d’un atelier depuis le matin tôt. Il se trouve que l’un de cuisiniers, David Grasselli, est aussi musicien. Avec sa guitare, il chante et plonge au cœur de Naples, en restant fidèle aux sources, pour donner ce que la tradition populaire a de plus généreux.

À propos du film, encore et toujours une histoire de cuisine et de partage:
«Le film sera simple comme du bon pain; il y va de la farine, du levain, de la cuisson qui n’est pas rien, du pétrin. Il y a là, sous couvert d’un mot simple, toute une pratique; il en est de même lorsqu’il s’agit de faire un film.
Sera-t-il au goût du jour? Il s’avère que le pain d’ici est du goût de tout le monde ou quasiment et justement parce que, fait maintenant, il est le même que le pain d’antan.
Et il est vrai que je ne vois aucune différence de nature entre du pain de campagne et du cinéma populaire bien levé, cuit à point.»