Spoutnik est un cinéma historique né en 1986 dont l’engagement est resté fidèle à sa ligne de résistance.
Cinéma satellite au sein de l’Usine, cinéma tournant en orbite à l’intérieur de Genève, cinéma gravitant autour d’œuvres hors-système, d’astres invisibles ou de planètes mal connues, Spoutnik est un appareil qui permet de créer des microcosmes en dehors de la rentabilité-machine-industrie du cinéma commercial. C’est un espace dédié aux films — mais pas que — qui expérimentent, cherchent, et s’interrogent, à la marge.
Avec l’appui de l’Etat et de la Ville de Genève, du Fond Culturel Sud, du Département des affaires culturelles et de la Loterie Romande.
Morte e Vida Madalena Guto Parente Brésil, Portugal · 2025 · 85’ | VOstFR
MER 04.02 — 20:30 DIM 08.02 — 19:00 JEU 19.02 — 20:30 VEN 27.02 — 20:30 Madalena est enceinte, lutte contre ses envies de fumer et pleure son père producteur fraîchement décédé. Pour l’enterrement, l’église a été troquée contre une salle de théâtre. Tandis que la jeune femme accueille les condoléances envahissantes de quelque amixes de son père, un nuage de fumée engloutit gerbes de fleurs et cercueil : le pied de Davi (son compagnon) s’est attardé sur le déclencheur d’une machine à fumer.
Le ton est donné : Morte e Vida Madalena avance drôlement libre entre la telenovela et la farce. La première fournit le modèle narratif, les couleurs chatoyantes et le sucre d’une sentimentalité exacerbée ; la seconde tord l’esprit de sérieux qui guette tout mélo.
Voilà un cinéma de troupe qui fait d’un tournage un fantastique terrain de jeu. Madalena a la mission de produire le dernier projet de son père, un nanar de série B dans un style Star Wars sans le sou - une ode à tout un pan de la cinéphilie. Les difficultés s’amoncellent, contrecarrant le projet : Davi – dont on apprend qu’il n’est pas le père de l’enfant à venir – abandonne le navire et se volatilise dans la nature, personne ne veut assumer la réalisation du film, le temps est pourri, l’argent manque…. Mais Madalena est une force de la nature – elle négocie un financement les pieds dans les étriers lors dans un examen gynécologique. Magnifiquement incarnée par Noa Bonoba, elle porte l’enfant, le film et la communauté queer réunie autour d’elle.
Par cette dernière – et la multiplicité des identités comme le rejet des assignations – Morte et Vida Madalena sécrète dans sa mise en scène truculente une joyeuse critique des rapports de domination et du jeu des places qui innervent les tournages. Rien ne vaut l’humour pour chahuter les hiérarchies, les petits pouvoirs, les tendances égotiques.
Guto Parente fait du cinéma une formidable fabrique collective où se fêtent la tendresse et les amitiés à même d’accoucher d’un monde où la violence cède à la promesse d’égalité.