Longs Adieux


lun. 2 nov. 2020   20h30
dim. 8 nov. 2020   17h00

Réalisation
Kira Mouratova
Pays
Russie
Année
1971
Langue
ST français
VO russe
Format
DCP
Durée
94'
Cycle

Kira Mouratova

lun. 2 nov. 2020, ANNULÉ!

dim. 8 nov. 2020, ANNULÉ!


LONGS ADIEUX, Kira Mouratova, Russie, 1971, 94’

Evguenia Vassilievna exerce le métier de traductrice. Son mari ayant depuis longtemps quitté le domicile pour se consacrer à ses travaux archéologiques, elle élève seule son fils, Sacha, maintenant adolescent. Mais Evguenia continue à le traiter comme un enfant. Il part passer un été avec son père dans le Caucase et est séduit par l’intelligence et le caractère de celui-ci. Quand il revient chez sa mère, il a changé…





Kira Mouratova

Si tu regardes un film, ou tu lis un livre, tout le monde dedans est si beau. Leurs sentiments, leurs actions sont tellement censés, aboutis. Même quand ils souffrent, tout est logique et cohérent. On comprend les causes et les conséquences. Il y a un début, un milieu, une fin. Alors que là, tout est vague et informe.

 
Ces quelques paroles sont tenues par Kira Mouratova, actrice de ce qu’elle considère comme son premier long-métrage, Brèves rencontres (1967). Le cinéma de Mouratova vient à quelque part renverser cet énoncé, pour partir d’abord de ce qui «est vague et informe», laissant ainsi discourir toutes les formes de liberté. Ce parti pris s’oppose à la rigidité du système soviétique, ce qui a valu à Mouratova une censure importante de la plupart de ces films. C’est comme si les conditions de production de l’époque, étroitement liées au système politique tout entier, n’étaient pas en mesure d’accueillir le monde de Mouratova. Rien de sciemment contestataire à l’égard du régime mais une farouche volonté de filmer les marges: Femmes en exil intérieur, mendiant.e.s, dormeur.euse.s, indigènes, bouffon.e.s, jeunes vagabond.e.s. Mouratova se range dès lors du côté de celles et ceux dont la vitalité serait pleine mais contrariée. Dans ce monde, rien n’est ainsi «logique et cohérent». Les voix s’ignorent, se chevauchent, les corps se bousculent, les esprits peinent à se comprendre. Ce chaos, les films l’explorent par un infini de trouvailles formelles: désynchronisation volontaire des voix, effets de répétition ou de rupture, jaillissement du passé dans le présent. Toutes ces idées sont contenues dans un montage – réalisé par Mouratova – qu’on peut associer à une partition nécessairement cacophonique qui finirait par aboutir à une symphonie pour les exclu.e.s. C’est que Mouratova déborde d’affection pour ses personnages: « Telle personne me plaît, je veux la filmer, c’est comme un amour. Je veux la filmer, et je ne sais pas comment l’introduire dans mon scénario. Je cherche, je laisse reposer, et puis je finis par trouver». En fin de compte, dans l’horizon étroit que put être le modèle soviétique, les films de Mouratova, tout à la fois tragiques et comiques, sont d’immenses cris d’amour pour son peuple.