Film-expériences de Guillaume Mazloum et Camilo Restrepo


jeu. 12 mars 2020   20h30

Réalisation
Guillaume Mazloum
Camilo Restrepo
Durée
1h36
Cycle

Avec l'Abominable

Pour enfin trouver une amoureuse, je suis descendu chez les morts.

Comment l’émotion d’un conflit s’exprime sur les murs d’une ville ou sur la peau?
Comment les idées, les désirs, la pensée passent par la matière sonore et la matière visuelle?
Quelle voix, quel corps pour lire un texte, chanter, jouer un morceau?
Quel paysage pour un poème? Telles sont entre autres les questions que posent le travail de ces deux cinéastes, amis, collègues (Guillaume est chef opérateur dans les films de Camilo).

LA IMPRESION DE UNA GUERRA, Camilo Restrepo, Colombie, France, 2015, 26’, vo, sous-titré français
La Colombie est confrontée depuis plus de soixante-dix ans à un conflit armé interne, dont les contours ont, au fil des ans, largement perdu de leur netteté. Progressivement s’est installé un climat de violence généralisé à l’échelle de la société. La violence et la barbarie ont fini par imprégner tous les aspects de la vie quotidienne, laissant dans les rues ses traces ténues. C’est peut-être par une multitude de ces traces que le récit de cette guerre diffuse prendrait enfin corps. L’impression d’une guerre donne à voir quelques-unes de ces marques, volontaires ou accidentelles, ostensibles, fugaces ou dissimulées. Souvent signes de lutte contre l’oubli, l’indifférence et l’impunité.

UN GRAND BRUIT, Guillaume Mazloum, France, 2017, 39’, vo français
Pensées anarchistes, utopiques, situationnistes, surréalistes, mystiques… Poètes du XXe siècle, pour qui les mots sont autant souffle que signification. Son et haleine, texte et texture, page et image. Traversée d’un siècle d’horreurs et de promesses, de barbaries et de technologies, dont la charge se déverse lourdement sur tout avenir. Et très bas, dans le fracas du temps, le poète assène des mots qu’on s’obstine à ne pas entendre : Il faudra travailler jusqu’à la fin des temps, il faudra retrouver le geste et la parole.

CILAOS, Camilo Restrepo, Colombie, France, 2016, 12’, vo, sous-titré français
Pour tenir la promesse faite à sa mère mourante, une jeune femme part à la recherche de son père, homme volage qu’elle n’a jamais connu. En chemin, elle apprend rapidement que l’homme est mort. Son plan ne change pas pour autant, elle doit retrouver son père. Porté par le rythme envoutant du maloya, chant rituel réunionnais, Cilaos explore les liens profonds et troubles qui unissent morts et vivants.

LA BOUCHE, Camilo Restrepo, Colombie, France, 2017, 19’, vo, sous-titré français
Un homme apprend la mort brutale de sa fille, assassinée par son mari. Temps suspendu pendant lequel oscillent besoin d’apaisement et désir de vengeance. Un Film musical interprété par le maître percussionniste guinéen Mohamed Bangoura, « Diable rouge », librement inspiré de sa propre histoire.

——–

Avec l’abominable

Fin des années 90, des initiatives émergent dans le monde et particulièrement en France pour s’approprier les outils de développement argentique que l’industrie cinématographique prenait en charge jusque là. Il est question de faire au moindre coût, de s’éloigner des normes techniques, de faire migrer le savoir de l’usine à un savoir plus précis, plus circonscrit: celui de l’atelier. S’ensuit le passage au numérique. Les laboratoires industriels ferment, délaissent leurs machines à la décharge et les petites structures deviennent « la seule possibilité concrète d’utiliser le support argentique». Parmi elle, il y a l’Abominable, un laboratoire, né en 1996, aujourd’hui logé à La Courneuve, en banlieue parisienne, dans les cuisines d’une école en voie de destruction. S’y trouve réuni tout le matériel permettant le développement et le tirage super-8, 16 et 35mm. Le lieu est avant un tout un outil pour celleux qui désire utiliser ce support, qu’iels viennent de la fiction, du documentaire, des beaux-arts, de la photographie, de l’animation, et d’ailleurs. Des journées d’initiation s’y organisent, visant l’autonomie de chaque adhérent.e.

Pas loin de 300 films ont bénéficié de l’existence de ce lieu et l’origine de ce cycle de projection et de rencontres vient de notre désir d’explorer, rendre visible une partie de ce chantier minoritaire de l’image. Découvrir ce laboratoire, c’est aussi sentir que ces savoirs pratiques donnent lieu à d’autres types de partages, offrent un cadre de réflexion sur les marges du cinéma dominant, sur l’auto-production et de nouvelles formes de vies politiques. Il y a communauté. Il y a résistance. Et cette résistance en croise d’autres. Une lutte conjointe, par exemple, contre les projets urbains du Grand Paris: menace permanente des espaces de vie de certaines communautés précarisées.

Non pas pensés comme un moment de fétichisation du support argentique, ces quelques jours se présentent plutôt comme une occasion de voir combien ce support appelle une diversité de cinémas, pas seulement campés dans le domaine de la pure expérimentation formelle.

De la solidarité et de la galère face aux démolisseur.euse.s des maisons de la Courneuve, en passant par la résistance de cinéastes palestiniens et italiens, par le rythme envoûtant des manifs, de la Maloya et du Rebetiko, par la mémoire des certaines femmes qui ne pouvaient pas parler pour finir enfin s’échouer dans la texture de paysages sous l’occupation. 6 séances comme 6 explorations possibles de notre rapport au monde. Un bloc de 4 jours, qui réunit des cinéaste.s, dont la pratique encore active aujourd’hui, sera éclairée par leur présence généreuse.

Avant ou après des films
des discussion possibles
pour un moment populaire et libertaire.





Avec l'Abominable

Contenu de l’arrivée de la pandémie du Covid-19, ce cycle a été le lieu d’une seule projection. Nous ferons le nécessaire pour le rendre à nouveau possible prochainement, peut-être sous une configuration différente.

Fin des années 90, des initiatives émergent dans le monde et particulièrement en France pour s’approprier les outils de développement argentique que l’industrie cinématographique prenait en charge jusque là. Il est question de faire au moindre coût, de s’éloigner des normes techniques, de faire migrer le savoir de l’usine à un savoir plus précis, plus circonscrit: celui de l’atelier. S’ensuit le passage au numérique. Les laboratoires industriels ferment, délaissent leurs machines à la décharge et les petites structures deviennent « la seule possibilité concrète d’utiliser le support argentique». Parmi elle, il y a l’Abominable, un laboratoire, né en 1996, aujourd’hui logé à La Courneuve, en banlieue parisienne, dans les cuisines d’une école en voie de destruction. S’y trouve réuni tout le matériel permettant le développement et le tirage super-8, 16 et 35mm. Le lieu est avant un tout un outil pour celleux qui désire utiliser ce support, qu’iels viennent de la fiction, du documentaire, des beaux-arts, de la photographie, de l’animation, et d’ailleurs. Des journées d’initiation s’y organisent, visant l’autonomie de chaque adhérent.e.

Pas loin de 300 films ont bénéficié de l’existence de ce lieu et l’origine de ce cycle de projection et de rencontres vient de notre désir d’explorer, rendre visible une partie de ce chantier minoritaire de l’image. Découvrir ce laboratoire, c’est aussi sentir que ces savoirs pratiques donnent lieu à d’autres types de partages, offrent un cadre de réflexion sur les marges du cinéma dominant, sur l’auto-production et de nouvelles formes de vies politiques. Il y a communauté. Il y a résistance. Et cette résistance en croise d’autres. Une lutte conjointe, par exemple, contre les projets urbains du Grand Paris: menace permanente des espaces de vie de certaines communautés précarisées.

Non pas pensés comme un moment de fétichisation du support argentique, ces quelques jours se présentent plutôt comme une occasion de voir combien ce support appelle une diversité de cinémas, pas seulement campés dans le domaine de la pure expérimentation formelle.

De la solidarité et de la galère face aux démolisseur.euse.s des maisons de la Courneuve, en passant par la résistance de cinéastes palestiniens et italiens, par le rythme envoûtant des manifs, de la Maloya et du Rebetiko, par la mémoire des certaines femmes qui ne pouvaient pas parler pour finir enfin s’échouer dans la texture de paysages sous l’occupation. 6 séances comme 6 explorations possibles de notre rapport au monde. Un bloc de 4 jours, qui réunit des cinéaste.s, dont la pratique encore active aujourd’hui, sera éclairée par leur présence généreuse.

Avant ou après des films
des discussion possibles
une fête de soutien le jeudi 12 en collaboration avec Bongo Joe
une cantine ouverte le samedi à 21h et le dimanche à midi
pour un moment populaire et libertaire.