Bangkok Nites de Katsuya Tomita


mer. 4 mars 2020   20h00
dim. 8 mars 2020   17h00

Réalisation
Katsuya Tomita
Pays
France
Japon
Thaïlande
Année
2016
Langue
ST français
VO thaïlandais
Format
DCP
Durée
3h00
Cycle

Cycle - Katsuya Tomita, dans les marges

BANGKOK NITES, Katsuya Tomita, Japon, France, Thaïlande, Laos, 2016, 3h03, vo, sous-titré français
ME 4 20h00
DI 8 17h00

À Bangkok, la rue Thaniya est un lieu de prostitution célèbre, spécialement destiné à une clientèle japonaise. Luck, la star du quartier, y retrouve Ozawa, un ancien client devenu son amant, qui avait disparu. Ils vont tenter de retrouver la force de leurs sentiments aux confins du pays, à la lisière du Laos. Cette quête se heurte sans cesse aux traces, partout présentes, d’un passé colonial dévastateur.

« Le premier plan de Bangkok Nites de Katsuya Tomita, co-écrit avec Toranosuke Aizawa, est une de ces merveilles qu’offre parfois le cinéma : tout un film à-venir, les quasiment trois heures de désordre amoureux et de rage silencieuse, d’affects à fleur de peau et de mépris souverains que la mise en scène va savamment diffuser, déplier, étirer, sont là, condensées en quelques minutes seulement. Des minutes en suspension, pures, encore opaques, mystérieuses, encore vierges. On y voit Luck (Subenja Pongkorn) s’approcher d’une fenêtre. La vue qu’offre cette fenêtre donne sur une vue imprenable sur une ville, urbaine, brouillonne. C’est la nuit et cette ville ne dort pas. Au contraire, c’et une ville qui se révèle la nuit, qui a besoin de la nuit pour se dire ; La nuit cette ville vend ses charmes, et Luck est venu à Bangkok tenter à son tour sa chance, faire une petite fortune possible sur sa beauté. Alors son reflet se superpose à l’image que nous avons de la ville. Luck et Bangkok ne font plus qu’un. Ce n’est pas à proprement parler une fusion, un mariage. C’est plutôt, comme toujours avec Luck, une compétition : ce sera elle ou Bangkok. Si elle gagne, Bangkok lui appartiendra, elle sera la première, les hommes dépenseront des fortunes pour elle, et un bon client, plus accroché qu’un autre, lui offrira un restaurant, donc un passe droit social qui lui permettra de quitter à jamais la prostitution et devenir autre chose qu’une fleur. Si Bangkok gagne, Luck sera une fleur de plus arrachée à sa campagne, une fleur qui fanera rapidement, nuits après nuit, clients après clients, et dont le charme se changera en malédiction. Son visage à elle contre les lumières de la ville. C’est une partie de Go qui n’a qu’un tour, si on perd on ne peut pas réellement revenir et croire gagner. Il faut gagner vite, il faut dominer le jeu tout de suite, il fait sourire et saturer Bangkok de ce seul sourire, de cette seule silhouette, de ce seuls corps, pour qu’à la fin Bangkok, soit l’autre nom de Luck. »
Philippe Azoury – Quatorze chants pour Luck (texte inédit)

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Communauté. Ce motif revient sans cesse à nous et se loge dans de nombreux films montrés ces dernières semaines. Il est encore question de cela dans l’œuvre du cinéaste japonais Katsuya Tomita, dont nous montrons les quatre premiers longs métrages. Chauffeur routier et ouvrier, Tomita tourne avec ses amis durant les week-ends et les quelques congés annuels qu’il obtient. En découlent des tournages-films-fleuves où le temps se déploie, fidèle à la vie. Tomita récolte les désirs de ses acteurs, change en continu le scénario, incorpore des événements récents dans le cadre. Caméra en main, il se balade sur les lieux de ses décors en amont du tournage, accumulant ainsi déjà de la matière. Le cinéma donc comme possibilité collective de prolonger le réel. Ses fictions-documentaires sont également hors limites tant elles embrassent larges les transformations et mouvements du Japon ou de la Thaïlande. Dans Above the Clouds (2003), tourné en 8mm, Chikén est rejoint par ses amis à sa sortie de prison mais goûte peu à sa liberté car une promesse qu’il avait faite, non-tenue, l’obsède. Dans Off Highway 20 (2007), la banalité du quotidien d’Hisachi entre les clubs de karaoké, les salles de pachinko et les centres commerciaux discount raconte un certain Japon rural. Saudade (2011) dépeint le visage mélancolique d’une mondialisation dans laquelle les damnés s’entre-déchirent. Bangkok Nites (2016), ce ne sont ni plus ni moins que trois heures de désordre amoureux et de rage silencieuse.





Katsuya Tomita - Dans les marges

Communauté. Ce motif revient sans cesse à nous et se loge dans de nombreux films montrés ces dernières semaines. Il est encore question de cela dans l’œuvre du cinéaste japonais Katsuya Tomita, dont nous montrons les quatre premiers longs métrages. Chauffeur routier et ouvrier, Tomita tourne avec ses amis durant les week-ends et les quelques congés annuels qu’il obtient. En découlent des tournages-films-fleuves où le temps se déploie, fidèle à la vie. Tomita récolte les désirs de ses acteurs, change en continu le scénario, incorpore des événements récents dans le cadre. Caméra en main, il se balade sur les lieux de ses décors en amont du tournage, accumulant ainsi déjà de la matière. Le cinéma donc comme possibilité collective de prolonger le réel. Ses fictions-documentaires sont également hors limites tant elles embrassent larges les transformations et mouvements du Japon ou de la Thaïlande. Dans Above the Clouds (2003), tourné en 8mm, Chikén est rejoint par ses amis à sa sortie de prison mais goûte peu à sa liberté car une promesse qu’il avait faite, non-tenue, l’obsède. Dans Off Highway 20 (2007), la banalité du quotidien d’Hisachi entre les clubs de karaoké, les salles de pachinko et les centres commerciaux discount raconte un certain Japon rural. Saudade (2011) dépeint le visage mélancolique d’une mondialisation dans laquelle les damnés s’entre-déchirent. Bangkok Nites (2016), ce ne sont ni plus ni moins que trois heures de désordre amoureux et de rage silencieuse.