Geneva International Film Festival 25e édition

C’était il y a tout juste onze mois. Nous vivions les dernières heures de la 24e édition du GIFF. Mais déjà, ce 25e se profilait à l’horizon. On le devinait dans le chambard de câbles et de tubulaires jonchant le sol de notre Lieu central. Tapi dans l’ombre, roulé en boule entre deux tas informes, il s’apprêtait à nous sauter dessus comme un diable sort de sa boîte. Certes, il fallait encore l’inventer, l’imaginer du tout au tout. Mais il était là. Enfant de nos succès et de nos ratés. Fort de tous ses possibles.

Il s’est joué de nous, ce 25e. Nous l’avons cherché partout, dans des films, des séries, des œuvres numériques. Nous l’avons traqué aux quatre coins de la planète. Il y a eu des odyssées furieuses – ceux qui ont déjà essayé de réunir un budget de plus de deux millions de francs en quelques mois savent de quoi je parle. Il y a eu des éclats de rire. Nous avons vécu – d’abord à sept, puis à vingt, puis à cinquante, puis à près de quatre cents – le grand huit des émotions festivalières.

Et, puis un jour, il nous est apparu. Comme si nous avions gravi une montagne et que le paysage, enfin, s’offrait à nous. Sans fausse modestie, il était beaucoup plus étendu et plus beau que nous l’avions imaginé. Xavier Dolan, David Cronenberg, Park Chan-wook, Rebecca Zlotowski, Elia Suleiman, Costa-Gavras, Jan Kounen, Clotilde Courau, Tom Fontana, Eva Ionesco, Marco Bellocchio ou encore Roger Avary : tant de noms prestigieux avaient décidé de nous faire confiance, que tout avait changé. Là où nous nous étions représenté·e·s un village, une ville était sortie de terre. Là où nous avions creusé une rivière, il y avait maintenant un lac. Notre sous-bois s’était transformé en forêt.

Cette 25e édition, nous en sommes fières et fiers. Nous vous la transmettons aujourd’hui, en espérant que vous l’aimerez à votre tour et qu’elle vous fera passer dix beaux jours de films, de séries, d’expériences immersives et de folles soirées parmi nous.

Emmanuel Cuénod – Directeur général et artistique




Nina Wu

Geneva International Film Festival
Première suisse
Compétition internationale de longs métrages


Pour Midi Z, élève de Hou Hsiao-Hsien qui le forme à la direction d’acteurs et de Ang Lee qui lui apprend la mise en scène, l’humain est la matière première de ses champs de recherche. En écho avec le scandale Weinstein et le mouvement #MeToo, le cinéaste a invité son actrice fétiche Wu Ke-Xi à écrire le scénario. Une réflexion sur l’instrumentalisation du corps féminin, un film sur la fêlure. Ce voyage immersif, entre réel et irréel, nous prend à témoin.

Run

Geneva International Film Festival
Première suisse


L’ombre de Bruce Springsteen n’est pas loin. Le film est une ballade en hommage à son album mythique de 1975, Born To Run. Que faire dans une petite ville côtière écossaise grisâtre ? Voir sa vie se dérouler en oubliant qu’on voulait la vivre, regarder ses enfants reproduire les erreurs qu’on a commises. Se réveiller entravé, paralysé. Une course dans la nuit. 24 heures dans la vie d’un homme en colère incarné par Mark Stanley repéré dans Game of Thrones.

This Teacher

Geneva International Film Festival
Première suisse


«Vous avez peur? Vous voudriez que je m’excuse pour le 11 septembre et vous ne m’aimez pas parce que je suis musulmane, n’est-ce-pas?», demande l’héroïne de ce film déroutant. Seconde collaboration de Hafsia Herzi avec Mark Jackson. Le rôle a été écrit pour elle, sur mesure. Héroïne instinctive et solitaire, elle tire à vue pour sauver sa peau. Une réflexion sur le racisme, décomplexé et rampant, l’islamophobie aujourd’hui, aux États-Unis.

Tlamess

Geneva International Film Festival
Première suisse
Compétition internationale de longs métrages


Ala Eddine Slim réalise, monte et produit lui-même ses films depuis douze ans : des films sans dialogues. Dans Tlamess (« jeter un sort », en arabe), on y parle avec les yeux. L’être humain, celui qui vit, celui qui fuit, se montre dans tous ses états, fort et faible. Un film atmosphérique qui symbolise un cinéma tunisien en pleine mutation. Vivant, mouvant, un film sur la transfiguration, “fruit de fatigue et de beaucoup d’amour”, nous dit le réalisateur.

Oray

Geneva International Film Festival
Première suisse


«Gitan macédonien d’origine ottomane», Oray vit en Allemagne. En répétant trois fois le mot talaq, qui dans la loi islamique est une invocation du divorce, il va changer sa vie. S’appuyant sur un mélange de jeunes talents et d’acteurs non-professionnels, le cinéaste choisit pour aborder ses personnages et leurs relations, une approche naturaliste. Un premier film subtil qui évite tous les clichés. Parler de l’Islam, pour en réajuster son image. Totalement captivant.

Take Me Somewhere Nice

Geneva International Film Festival
Première suisse


En Bosnie, les jeunes vivent encore parmi les souvenirs et les ombres d’une guerre qui n’est pas la leur. Le film raconte l’histoire de jeunes gens d’aujourd’hui à cheval sur plusieurs nationalités, dans la solitude de l’entre-deux, entre l’Est et l’Ouest, entre une culture et une autre, entre amour sincère et sexe cru. Un road-movie pop, solaire, mélange d’humour et de gravité, par une jeune cinéaste néerlandaise prometteuse d’origine bosnienne.

Identification

Geneva International Film Festival
Première suisse
Compétition internationale de séries tv


La paire Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov doit figurer parmi les duos de créateurs de séries tv les plus actifs actuellement. Ensemble, ils créent plusieurs séries par année, en gardant toujours un standard d’une grande qualité. Identification, une de leurs dernières créations, en est un parfait exemple. Un beau mélange d’images sensationnelles et de sons atypiques, cette série enchante par le portrait qu’elle dresse d’une communauté kirghize en Russie, qui se retrouve bouleversée suite à une rencontre.

Present.Perfect.

Geneva International Film Festival
Première suisse
Compétition internationale de longs métrages


En Chine, le live streaming est devenu l’une des industries les plus rentables de ces dernières années. Il y a les stars de l’internet, mais aussi ceux qui s’y exposent pour partager leur modeste quotidien et se relier au monde. Aux frontières flottantes, le virtuel se mêle sauvagement au réel. En collectant 600 heures de vidéos produites par différents protagonistes, la cinéaste, issue du photojournalisme, fait émerger une vision sombre et engagée de son pays.

The Bull

Geneva International Film Festival
Première suisse
Compétition internationale de longs métrages


Inspiré de faits réels, dédié aux survivants des années 90, The Bull est le premier film détonnant d’un ancien danseur de ballet. Dans une banlieue poisseuse de Moscou, tout bascule. Dans un monde entre démolition et reconstruction, des jeunes gens tentent de trouver leur place au milieu de guerres de gangs. 1999, Eltsine démissionnera sur ces mots : « Soyez heureux, vous méritez le bonheur et le calme. Bonne année ! ». Une satire saignante électro-pop.