LES ANNÉES DE PLOMB

Italie. Allemagne. Japon. Durant les années 60-80, ces trois pays ont été le théâtre de violences politiques inédites. Climat politique délétère, contexte de luttes sociales féroce, mouvements anti-impérialistes vigoureux, répressions policières et étatiques systématiques, attentats fascistes, passivité à l’égard du nazisme… c’est dans cet espace public pour le moins fragmenté qu’ont émergé des activismes politiques forts et pour les plus radicaux, des groupes de résistance armée tels Les Brigades Rouges (BR), la Rote Armee Fraktion (RAF) ou l’Armée Rouge Japonaise (JRA).

Si certains évènements restent dans notre mémoire (enlèvement d’Aldo Moro, attentat de Munich), cette période de l’histoire contemporaine demeure trouble, peu connue et encore largement passée sous silence.
Pour s’éloigner des stéréotypes, Spoutnik a eu envie de montrer ces « années de plomb » sous différents prismes, différentes perceptions cinématographiques. Ont été ainsi convoqués Masao Adachi, Kôji Wakamatsu, Philippe Grandrieux, Margarethe von Trotta, Uli Edel, Rainer Werner Fassbinder, Marco Bellochio, Mosco Lévi Boucault, Pier Paolo Pasolini et Elio Petri pour un cycle de documentaires, fictions et essais, de l’époque et d’aujourd’hui.

À noter que c’est lorsque les actions terroristes se raréfièrent, période que l’on nomme « normalisation » et suite à l’attribution du Lion d’Or à la Mostra de Venise au film de Margarethe von Trotta LES ANNÉES DE PLOMB en 1981, que le terme, emprunté au poète Hölderlin en référence à « la couleur grise d’un ciel couvert », fut adopté pour définir cette période qui toucha le monde entier. Pour la RFA, l’usage métaphorique de Blei (plomb) indiquait tout autant le plomb de la culpabilité que celui de la violence. Pour l’Italie, le chromonyme « Anni di piombo » exprimait quant à lui l’intensité de la violence et la durée dans le temps. Ce terme sera repris dans d’autres pays plus tard, dans les années 90 principalement.

Nicole Brenez, historienne, programmatrice et spécialiste des cinématographies d’avant-garde nous fera l’honneur d’être présente en ouverture de cette programmation le mercredi 10 juin.




ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON

LES ANNÉES DE PLOMB


Un chef de la section criminelle de la police assassine sa maîtresse, et va tout faire pour orienter l’enquête sur lui… tout en profitant de sa récente promotion à la tête de la division politique de la Sûreté de l’État pour manipuler les enquêteurs. Oscar et Grand Prix du Jury à Cannes en 1970.

VIOL EN PREMIÈRE PAGE

LES ANNÉES DE PLOMB


Dans un contexte politique particulièrement explosif, le journal conservateur milanais « Il Giornale » affiche son soutien à la classe patronale. Se préparant à des élections houleuses, la rédaction, menée par le peu scrupuleux Bizanti, met tout en œuvre pour orienter l’opinion publique, profitant d’une sombre affaire de crime sexuel pour l’émouvoir. Le sinistre fait divers est ainsi monté en épingle et Mario Boni, jeune militant communiste, est très vite désigné comme coupable afin de mieux discréditer les courants gauchistes…

12 DICEMBRE

LES ANNÉES DE PLOMB


Pasolini réalise un documentaire sur l’Italie, son présent et son devenir politique après l’attentat de la Piazza Fontana, explosion à la bombe qui a fait 16 morts et 88 blessés à Milan en 1969.

ILS ÉTAIENT LES BRIGADES ROUGES 1969/1978

LES ANNÉES DE PLOMB


À Rome, le 16 mars 1978, Aldo Moro, dirigeant de la Démocratie chrétienne (DC) est enlevé et enfermé dans une « prison du peuple ». Les BR exigent, en échange de sa libération, celle de treize militants prisonniers. Le gouvernement ne cède pas. L’otage est exécuté. Cet événement traumatique pour toute l’Italie sonne le glas d’un mouvement qui voulait imposer la révolution par les armes.

BUONGIORNO NOTTE

LES ANNÉES DE PLOMB


Au grand jour, Chiara est une fille comme les autres. Clandestinement, elle fait partie d’une bande de terroristes engagés dans la lutte armée et impliqués dans l’enlèvement d’Aldo Moro, principal artisan du compromis politique entre la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste Italien…

L’ALLEMAGNE EN AUTOMNE

LES ANNÉES DE PLOMB


Allemagne, automne 1977. Le 5 septembre, Hans-Martin Schleyer, le « patron des patrons » allemands – et accessoirement ancien cadre nazi – est enlevé par un commando de la RAF qui réclame la libération de 11 de ses membres emprisonnés, dont ses piliers Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Karl Raspe, condamnés à perpétuité le 28 avril de la même année, suite à un procès contesté.

LA BANDE À BAADER

LES ANNÉES DE PLOMB


Signé par le réalisateur de MOI, CHRISTIANE F, 13 ANS, DROGUÉE, PROSTITUÉE, le film couvre les premières années de la Fraction Armée Rouge (RAF) de ses origines en 1967 jusqu’à l’« Automne allemand » de 1977. Il est basé sur l’ouvrage Der Baader-Meinhof Komplex (1985) de Stefan Aust – journaliste de 1966 à 1969 pour la revue de gauche « Konkret », dont Ulrike Meinhof fut la rédactrice en chef de 1960 à 1964 et contributrice jusqu’en 1970 lors de son passage dans la clandestinité.

LES ANNÉES DE PLOMB

LES ANNÉES DE PLOMB


Elles ont été élevées en Allemagne, durant les « Années de plomb », dans l’immédiate Après-guerre. Juliane la révoltée est devenue journaliste. Sa soeur, jadis la plus soumise, s’est enfoncée dans le terrorisme. Juliane aujourd’hui ne peut croire que sa soeur s’est donnée la mort dans la cellule de sa prison.

ARMÉE ROUGE / FPLP : DÉCLARATION DE GUERRE MONDIALE

LES ANNÉES DE PLOMB


Koji Wakamatsu et Masao Adachi ont filmé les paysages et la vie quotidienne des guerilleros palestiniens. Réalisé en collaboration avec le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) et l’Armée Rouge Japonaise (ARJ).

IL SE PEUT QUE LA BEAUTÉ AIT RENFORCÉ NOTRE RÉSOLUTION – MASAO ADACHI

LES ANNÉES DE PLOMB
EN PRÉSENCE DE NICOLE BRENEZ


« Art et politique sont la même chose » et sont incarnés par Masao Adachi dans son être le plus pur. Philippe Grandrieux (SOMBRE, UN LAC) part rencontrer Adachi (VAGIN CLOS, A.K.A. SERIAL KILLER, scénariste de Nagisa Oshima ) au Japon où il est assigné à résidence depuis son arrestation en 1974 pour son implication dans l’Armée Rouge Japonaise. Entre trotskisme et surréalisme, du Japon à la Palestine en passant par le Liban, Adachi nous parle avec une étonnante proximité et sincérité de son engagement, de ses choix, de ses contradictions, de ses désillusions mais aussi du cinéma et de sa volonté inaltérable de combattre les images de l’oppression.