Focus Yann Beauvais

CC – Quelle définition pourrais-tu donner du cinéma « élargi »?
YB – C’est tout ce qui sort du caractère ordinaire de la projection. Il y a deux manières de l’appréhender: soit on fait appel à d’autres appareillages, ou à des individus, et il y a une performance qui s’effectue par rapport à l’écran; soit on met un, deux, trois, quatre, cinq, six, x écrans, et quelque chose s’effectue lors de la projection, qui n’est pas simplement le défilement: on peut mettre un ou deux appareils en synchronisme ou non. On pourrait dire que c’est ça le cinéma « élargi ». Mais il y a des milliers de possibilités de l’appréhender. En gros, je crois que c’est tout ce qui ne fait pas appel seulement à un écran, ou à un projecteur. Est-ce que ça signifie que quand tu passes un film plus des diapositives cela relève du cinéma « élargi »…Ça dépend peut-être aussi du projet… […] On ne dira pas « qu’est-ce que c’est le théatre », par exemple, ou « qu’est-ce que c’est la musique ». On pourra dire qu’il y a des types de musique, donc on pourra dire qu’il y a des types de cinéma « élargi ». Mais c’est assez en relation avec la performance, et je crois que ça a été d’une certaine manière l’une des choses qui a permis de sortir de l’art minimal, et permis à pas mal d’artistes conceptuels d’essayer d’aller ailleurs. A la fin des années soixante, pas mal de gens qui s’interrogeaient sur ce qu’était la spécifi-cité du médium cinéma sont passés à d’autres analyses. Ils mettaient en cause la projection, ce qui renouait aussi avec des pratiques comme celles d’Abel Gance ou de Laszlo Moholy-Nagy, ou d’autres gens dans les années vingt, sans pour autant qu’ils aient effectué un travail similaire. […]

Souvent on a l’impression que les double-écrans, ou le multi-média, ou le cinéma « élargi » est utilisé au moment où l’on questionne, où l’on dénonce ce qui a été fait auparavant. Mais on le dénonce par les bords, en montrant des limites, là où se situent ses pouvoirs de domination, Et je crois que ce n’est pas tellement un hasard si dans les années soixante il y a eu des rapports avec les performances, les happenings. Des artistes comme Yvonne Rainer ont commencé à faire appel à des films avec la danse. On dansait avec un film, la performance se servait du film. Des musiciens utilisaient des films expérimentaux comme un light-show, comme Brian Eno et le film de Malcolm Le Grice « Berliners » en 1970. Il y a pas mal de jeux comme ça. Ensuite ça retombe, ça redémarre autour des années 75 en Angleterre principalement. Il y a énormément de britanniques qui ont fait des travaux très intéressants là-dessus. Ça a été eux l’énorme vague du ciné-ma « élargi ». Ils ont questionné très fort la maîtrise du cinéma américain, le pourquoi du cinéma structurel américain et tous les processus qu’il dégageait. Ça re-tombe, début 80 c’est redécouvert par d’autres gens mais c’est toujours des petites vaguelettes comme ça. » (in Catherine Cormon, Le cinéma « élargi », mémoire de fin d’études, E.S.A.V. Genève, mai 1989.)

« Deux écrans dynamisent au moins deux bords d’images; ceux qui vont se côtoyer. Deux écrans mettent en scène, brutalement, une dialectique de la présence. Présence simultanée, retardée, différée, redoublée, homogène et hétérogène. Les deux écrans peuvent entrer en contradiction de diverses et de multiples manières pouvant occasionner des nouvelles chaines signifiantes ainsi que le soulèvement de problèmes esthétiques particuliers que d’aucuns ont pu appréhender en se servant du référent musical comme d’un paradigme. Lc regard circule, tissant des réseaux à la surface de la représentation, y sélectionnant des éléments ou des lignes de forces qui parfois le rabattent sur la globalité de l’image-composée. Mis en situation d’une potentialité temporelle au moyen de la spatialité. Renforcement des déplacements par l’assemblage du côtoiement de deux images (ou +) en formant une nouvelle. » (Y.B. in Scratch Projection Revue, Paris, décembre 86)

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Séance de cinéma élargi 2

Focus Yann Beauvais


Des images de la Côte d’Azur des années septante se font l’écho d’images de la même côte dans les années cinquante. Des îles italiennes se retrouvent en mer du Nord. La couleur se mélange au noir et blanc, les positifs aux négatifs, les prises personnelles aux plans trouvés, le tout se fondant en un palimpseste dans lequel le temps et l’espace semblent se multiplier à l’infini.

Séance de cinéma élargi 1

Focus Yann Beauvais


Le déplacement des bateaux et des métros se conjugue aux mouvements d’appareils et au montage de séquences distinctes d’objets similaires. Ce montage sur un négatif se joue de son doublement – légèrement décalé – produisant ainsi une orchestration de mouvements, de déplacements; une fugue à plusieurs voix.